La polarisation expliquée par Newton
La conviction fondamentale de Spoune, c’est que la microéconomie peut nous aider à mieux comprendre la vie quotidienne. Vous nous connaissez : on adore remplir notre sac d’outils qu’on sera ravi de sortir au moment opportun – un peu comme une lampe de poche qu’on emporte au cas où en rando, et qui s’avère providentielle au moment d’explorer une grotte obscure.
Mais y’a pas que la microéconomie dans la vie. Y’a la physique, aussi. Et aujourd’hui, il nous semble que celle-ci peut nous fournir une sacrée lampe torche pour mieux comprendre la polarisation qui creuse une fracture toujours plus importante dans nos sociétés.
Pour ça, on va convoquer tonton Isaac (Newton), dans un épisode qu’on a appelé Space Fighters II, aka la polarisation expliquée par Newton.
Notre Spounsor du jour : Virgil
Les taux se resserrent ?
Les taux montent. Faut-il attendre pour acheter ? Et s’ils ne redescendaient plus jamais ? La réponse est différente pour chacun - ce serait trop simple. Chez Virgil, on n’a pas de boule de cristal mais on a une mission, et elle compte beaucoup pour nous : vous accompagner jusqu’au moment où vous serez chez vous, vraiment chez vous. Alors si vous voulez en discuter, prendre un avis extérieur, ou simplement vous plaindre de l’économie qui va dans le mur, vous pouvez toujours nous appeler.
Rappelle-moi Spoune, c’est quoi déjà la polarisation ?
En démocratie, la polarisation décrit le phénomène par lequel, progressivement, deux partis opposés s’éloignent l’un de l’autre.
Le phénomène a évidemment toujours existé (voir notre Spoune : L’humanité est-elle altruiste ?). Mais il s’est encore accentué depuis les années 90, notamment aux États-Unis. Selon cette étude, en 2016, 47 % des Républicains et 35 % des Démocrates jugeaient les partisans du camp d’en face “moins moraux” qu’eux-mêmes. En 2022, c’était monté à 72 et 63 %.
Plus la polarisation est importante, et moins “l’autre” est considéré comme un adversaire respectable. Il devient même une menace avec qui la vie commune devient inenvisageable. Sauf que la logique “autre=menace” est rarement le point de départ d’une belle histoire… ça a plutôt tendance à faire émerger le pire de l’humanité.
Calmos Spoune, comme dit le dicton : “le pire n’est jamais sûr”...
C’est là que la physique peut être utile. En particulier, la 3e loi du mouvement de Newton, qui peut nous aider à comprendre comment, dans un contexte donné, la polarisation peut avoir des effets plus ou moins importants.
Cette loi, elle dit ça :
“Si un corps A exerce une force sur B,
B exerce simultanément une force égale et opposée sur A.”
Traduction SVP ? Ça veut dire que dans un rapport de force, l’énergie fonctionne comme un miroir. En gros, quand on repousse quelque chose, on se repousse aussi soi-même.
La question est : jusqu’où ? Et ça… ça dépend du contexte. Démonstration en trois étapes :
Level 1 : les lutteurs, aka les Street fighters
Imaginons deux lutteurs de rue, qui se fightent sur le bitume. Quand ils se repoussent l’un l’autre, deux forces limitent leurs mouvements :
- la gravité (force verticale), qui enfonce leurs pieds sur le sol
- la résistance du sol (force horizontale), qui limite le glissement.
- Résultat => Ils vont se repousser l’un l’autre, mais jamais très loin.
Level 2 : les patineurs, aka les Skate Fighters
Cette fois, on a des patineurs sur la glace. Là, c’est un peu différent :
- la gravité est toujours là
- mais le sol ne limite plus le glissement
- Résultat => en se repoussant, les patineurs reculent tous deux vers les extrémités de la patinoire.
Level 3 : les cosmonautes, aka les Space fighters
On est dans l’espace. Il n’y a plus de gravité ni de sol. Résultat ? Une seule poussée suffit à propulser les cosmonautes à l’infini dans des directions diamétralement opposées… jusqu’à perdre complètement l’autre de vue.
OK Spoune, mais concrètement ? Personne ne se fighte dans l’espace, si ?
Evidemment, tout ça est une métaphore. Pour comprendre comment ça s’applique à la situation actuelle, il faut considérer que :
- Le sol (force horizontale), c’est le contexte. Certains sols sont plus glissants que d’autres. Un contexte de crise du pouvoir d’achat, de montée de la dette et de menace de l’IA sur le monde du travail, le tout à 6 mois des présidentielles – ça fait évidemment un terrain sacrément glissant.
- La gravité (force verticale), c’est la morale. Selon l’endroit où on se trouve (la Terre, la lune, l’espace), elle ne pèse pas partout aussi lourd. Gazer un orchestre ? Piller des commerces ? Les auteurs de ces actes les considèrent forcément justifiés moralement.
Quoi ? La morale serait changeante ? Vaste question, mais pour faire une réponse courte : selon la théorie des vitres brisées, dans un environnement dégradé, les standards moraux ont tendance à baisser. C’est l’effet “plus c’est abîmé, moins je suis soigneux” – qui s’applique aussi bien aux quartiers sensibles ou aux fringues de bricolage qu’à des adversaires de foot ou de politique.
Là où on veut en venir ? C’est que d’habitude, l’affrontement démocratique se passe sur Terre, les pieds bien ancrés au sol. Mais là, on a l’impression que tous les protagonistes se sont envolés dans l’espace. Et on se retrouve dans un contexte où, potentiellement, les effets de l’emballement et de la polarisation sont bien plus dangereux… et nous repoussent toujours plus loin les uns des autres.
Sympa Spoune. Et du coup, un conseil pour finir ?
Des conseils oui – qui ne viennent pas de nous, mais des personnes et des initiatives qu’on admire pour leur goût de l’altérité et du dialogue :
- Aller sur Faut qu’on parle, la plateforme pour rencontrer votre opposé politique et entendre le point de vue opposé
- Ne jamais déformer les faits pour confirmer ses propres jugements – ce qui était la règle #1 du militant anti-spéciste Henry Spira.
- Faire de son mieux : comme écrit l’essayiste Corinne Morel-Darleux dans le très beau Alors nous irons trouver la beauté ailleurs :
“Prôner la gentillesse, ce n’est pas s’aveugler sur la violence qui nous entoure, mais au contraire la reconnaître pour ce qu’elle est, une monstruosité,
et refuser de s’y laisser entraîner.”
“Nuance, empathie, honnêteté et lucidité restent à mon sens les seules conditions. Avec ces munitions en bandoulière, on doit pouvoir écrire dignement sur tous les sujets
et dans toutes les situations.”
Conclusion
Dans l’espace, une fois lancé, rien ne vous arrête. Mais qui a envie de dériver vers l’infini et au-delà ? Vers la solitude toujours plus grande du vide intergalactique ? Heureusement, pour éviter ça, les cosmonautes sont équipés de système de navigation autonome. Certes, le réservoir est limité, et on ne peut l’utiliser qu’avec parcimonie. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’une petite poussée opposée suffit pour renverser sa trajectoire. Pas forcément pour revenir au point de départ, mais au moins pour arrêter de s’éloigner. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que ce renversement ne peut venir que de nous-mêmes – et de nulle part ailleurs.
Artips - Une bulle de curiosité quotidienne
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