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Faut-il être médiocre ?

Faut-il être médiocre ?

Alors cette rentrée ? Motivé ? Vous êtes à fond ? Prêt à tout donner ?

Mollo l’asticot, ne vous fatiguez pas trop : on croit souvent qu’il suffit d’être bon pour réussir. Que le succès est lié au travail, ou à la qualité. Mais au fond… est-ce que c’est vraiment le cas ? Et si, parfois, la médiocrité payait plus que le travail ?

Désolé pour vos bonnes résolutions de rentrée (vous pouvez les ranger dans la boîte à idées, vous savez, celle que personne ne regarde jamais…). Et venez plutôt explorer avec nous la stratégie de la médiocrité.

Créativité à picorer (et plus si affinités)

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Je découvre !

Bah, ¿que pasa Spoune? vous êtes bien bougon en cette rentrée…

Pas du tout ! C’est juste qu’on a adoré cette étude géniale citée par le non moins génial Olivier Sibony. Elle s’appelle Too good to hire ?, et elle montre que, quand des recruteurs doivent choisir entre deux profils, ils ont très souvent tendance à choisir… le moins bon.

Et c’est très, très sérieux. Derrière cette étude, il y a d’abord un groupe de chercheurs all-stars (Stanford, Carnegie-Mellon, Johns Hopkins), qui a mené 4 études différentes auprès de 700 vrais recruteurs… du solide, donc.

Concrètement ? Les recruteurs devaient choisir entre deux profils :

  • un candidat #1, qui fait pile le taf
  • un candidat #2, en mode grosse star : meilleures études, meilleures expériences, etc…

Résultat des courses ? Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne fallait pas parier sur le “bon” cheval… Car les recruteurs ont en majorité choisi le candidat #1. Pourquoi ? Parce qu’ils estiment que le candidat #2, étant susceptible d’être courtisé par davantage d’entreprises, sera moins loyal et moins impliqué à long terme.

Comme si la motivation d’un salarié était inversement proportionnelle à sa compétence… Un phénomène qu’on pourrait aussi appeler la revanche des nuls.

M’enfin Spoune, qui préfère les nuls ? C’est absurde !

Is it, really ? Préférer la médiocrité ? Est-ce vraiment si rare que ça ? Quand on regarde autour de nous, difficile de dire que le succès est toujours corrélé à la qualité. Il y a même plein d’exemples qui prouveraient le contraire :

  • 👗 Mode : Fast-fashion vs made in France
  • 🎬 Cinéma : Blockbusters vs cinéma d’auteur
  • 📱 Divertissement : Réseaux sociaux vs livres
    • (chiffre ultra-baddant : selon le Centre national du livre, les 7-19 ans passent 18 min par jour devant un livre… contre 3h devant un écran)
  • 💡 Idées : théories du complot vs science
  • 🗳️ Politique : candidats populistes vs candidats compétents
  • 💼 Management : managers incompétents vs salariés qui font tout le boulot
    • (puisque, selon le principe de Dilbert, “les postes de management ont été créés pour sortir les crétins du flux productif”...)
  • ⚔️ Débats : le tweet de Bernard Arnault (aussi habile soit-il), davantage lu que la passionnante enquête du Monde à son sujet

Comment l’expliquer ? Au-delà du facteur prix (dans le cas de la mode, par exemple), pourquoi le cerveau “achète”-t-il davantage ce qui est simple ? Là-dessus, on peut se rappeler de la loi de Brandolini, aka la loi d’asymétrie du bullshit, qui explique ceci :

« Il faut beaucoup plus d’énergie pour réfuter le bullshit que pour le produire. »

Et c’est aussi vrai pour la compréhension : il faut beaucoup moins d’énergie pour comprendre un “bullshit” qu’un raisonnement complexe… et un raisonnement simple sera en moyenne davantage “admis” qu’un discours complexe. Les populistes l’ont bien compris : ils savent bien que plus ils racontent n’importe quoi, moins les journalistes ont le temps de debunker leurs erreurs et approximations. (Et de toute façon, le grand public aurait sans doute la flemme de tout lire, nous compris 😬)...

Bref, les idées simples et médiocres surfent sur la vague de notre réticence naturelle à la complexité.

M’enfin Spoune (bis), on aurait donc le “complexe du complexe” ?

Oui, en quelque sorte, la complexité nous complexe. D’au moins trois manière :

  • Saturation informationnelle : à un moment, le cerveau sature
  • Peur de l’échec : complexité = instabilité = danger.
  • Besoin de contrôle : la simplicité apparaît donc comme un refuge contre la tempête de la complexité…

Il faut donc réapprendre à aimer la complexité. Car comme l’écrivait très joliment Edgar Morin dans Messie, mais non :

« L’ennemi de la complexité, ce n’est pas la simplicité, c’est la mutilation. »

Parce que la complexité, c’est un horizon lointain. Une sorte d’océan, au sein duquel les bouées de la simplicité sont des repères nécessaires (voire des phares !). Mieux vaut éviter de s’y amarrer si on veut continuer à avancer…

Hisse et ho, Spounetiano ! Tous à l’abordage de la complexité

Avant de larguer les amarres, quelques conseils/bouées de sauvetage pour mieux gérer la complexité :

  • Cherchez toujours à travailler avec des gens meilleurs que vous. Les meilleurs équipages vont plus loin !
  • Déclinez le principe de robustesse de Postel en étant “exigeant envers vous-même, indulgent envers les autres” – sinon personne n’aura envie de travailler avec vous, toute star que vous soyez.
  • Soyez toujours motivé et enthousiaste (il paraît que l’enthousiasme est une qualité qui vaut 10 points de QI !)

Et en bonus (au cas où vous soyez en process de recrutement), voici trois autres conseils pour détourner le biais du “Too good to hire” :

  • Manifestez de l’intérêt. Parlez de l’autre, pas de vous.
  • Soyez un team player. Montrez que vous aimez le collectif.
  • Dites chercher de la stabilité. Et projetez-vous à long terme.

Avec ça, vous pourrez switcher du “too good to hire” au “too good to be true” !

Conclusion

Vous êtes motivés ? Montrez-le ! Ça vaut pour tout : recherche de jobs, d’appart, rencontres amoureuses… Et pour terminer cette Spoune avec un improbable mash up ChalaBrel, voici deux citations qu’on aime bien :

« Le talent, c’est l’envie de faire quelque chose. Et ça n’est rien d’autre ! » - Jacques Brel

« La vie ne vient pas à vous, c’est à vous d’aller vers elle. » - Timothée Chalamet

Alors notre dernier conseil de rentrée, le voilà : LET’S GO !

Bonne rentrée à toutes et à tous, et see you Spoune :)

Spoune, enfin le livre !!

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